André Legendre, le passeur d’énergie positive

La jeunesse sportive d’Allonnes (Jsa), née en même temps que la ville nouvelle, vient de fêter ses 50 ans. André Legendre, « un monument » pour tous les sportifs sarthois, est la mémoire du club. Regard avec lui sur un demi-siècle d’une aventure sportive collective.

Qui ne connait pas André Legendre en ville ? À 90 ans, André Legendre est toujours aussi vif d’esprit. Une vitalité que le poids des ans n’a pas entamée. Sa vie, c’est celle d’une grande partie de l’histoire contemporaine d’Allonnes et du sport allonnais. Jusqu’au jour où il est devenu invalide, il s’est toujours investi sans compter en faveur du sport pour tous.

André Legendre emménage à Allonnes en 1963, soit deux ans après la création de la Jsa. Mais l’histoire du premier élan du club n’est pas un secret pour lui.

Un groupe de pionniers

Le 9 décembre 1961, alors que les premiers Hlm sortent de terre et que les autochtones du petit bourg se préparent, non sans appréhension, à accueillir des milliers de nouveaux habitants, une équipe de 18 copains a l’idée de fonder une société sportive. Ce sera la Jeunesse sportive d’Allonnes (Jsa). Ce groupe de pionniers, passionnés de football, est composé de messieurs Béhal, Benoist, Blossier, Boisset, Feuillard, Fléchard, Garnier (maire d’Allonnes de 1959 à 1971), Hénon, Lambal, L’huissier, Monchatre, Piquet, Plot, Réolid, Rousseau, Seita, Tesini et Touchet.

« Quelques mois plus tard, le 16 février 1962, la Jsa nait officiellement, par l’enregistrement de ses statuts en préfecture », raconte André Legendre. Victor Touchet en devient le Président, et ce jusqu’en 1963, date à laquelle André Boisset lui succédera.

Une fois que la ville eût loué à un particulier (Monsieur Lezé) un terrain route d’argenton, l’équipe de mordus aménage le premier terrain de football de la commune. Non sans difficultés, ils abattent les arbres, arrachent leurs souches, nivèlent le terrain… Puis, avec les « moyens du bord », ils bâtirent des vestiaires et une buvette.

La cité, en pleine expansion, voit sa population multiplier par 7 en l’espace de trois ans, passant de 1 250 à 8 430. « Parmi ces nouveaux habitants, des jeunes, beaucoup, et des sportifs, spécialisés dans de nouvelles disciplines : athlétisme, basketball, cyclisme et volleyball », se souvient-il.

Le Comité directeur se constitue

« La création d’un club omnisport s’est logiquement imposée », poursuit-il. En très peu de temps, le 11 octobre 1963, le Comité directeur se constitue, et les statuts de la Jsa évoluent en conséquence, permettant de fédérer l’ensemble des sections sportives naissantes. André Boisset est alors élu président, jusqu’en 1965. Suivrons ensuite, en 1964, la création des clubs de tennis de table, et de handball, avec André Legendre. Beaucoup d’autres sections encore se créeront par la suite, atteignant le chiffre quinze aujourd’hui.

En pleine crise de croissance, voire existentielle, causée par des ennuis pécuniaires, au manque d’installations, à des querelles internes qui se manifestaient par de vives résistance de certains au fédéralisme de l’association, « en 1965, la Jsa était au bord de l’implosion », raconte-t-il. André Boisset quitta sa présidence.

Faire vivre un collectif

« C’est alors, que le secrétaire général de l’association, M. Aucouturier, handballeur et ami de longue date avec qui j’avais fait de l’athlétisme plus jeune, m’a sollicité pour tenter de remettre de la cohésion dans l’équipe dirigeante. » André Legendre, alors Président du comité départemental de la Sarthe, est déjà bien accaparé par les responsabilités sportives. Mais sa passion de faire vivre un collectif l’emporte. Son engagement à la tête du club omnisport durera 21 ans, jusqu’au 11 novembre 1986, date à laquelle il « raccrocha les crampons », confie-t-il avec malice.

Au cours des premiers mois de son mandat, sa tâche n’est pas simple. Il lui faut « apaiser les tensions, rappeler à tous que le prosélytisme politique ou religieux n’a pas sa place à la Jsa, qu’une seule religion doit animer les animateurs de l’association : le sport », se remémore-t-il. « Les moyens financiers restaient très limités, la municipalité faisait ce qu’elle pouvait pour nous soutenir ». En effet, la commune manque de tout, et a bien du mal à faire face à l’afflux de la population (Allonnes infos n° 176). « Aussi pour couvrir les frais de chaque discipline, nous organisions régulièrement des collectes, nous vendions même des cartes postales de la Jsa en porte à porte », raconte-t-il. En plus, chaque année, est organisée une grande fête en plein air – « la kermesse de la Jsa » – à laquelle une foule considérable se masse autour du stade d’Argeton. Toutes les sections sont de la fête et présentent le meilleur de leurs disciplines.

Une demande de plus en plus forte

« A la fin des années 60, nous étions déjà plus de 600 membres actifs et 1 200 membres honoraires, la population devenait de plus en plus jeune, la demande de plus en plus forte, les enfants et les adolescents avaient besoin de s’exprimer par le sport », se souvient-il. Face à cette situation, l’association ne manque pas encore de bénévoles encadrants, mais « les équipements, eux, faisaient cruellement défaut », et de décrire : « le basket se faisait dans une cour d’école, mais celle-ci était trop petite, et puis il y avait des arbres au milieu, le handball, quant à lui, se pratiquait au collège (l’école Victor Hugo, aujourd’hui) ».

Mais, peu à peu, Allonnes devient une ville organisée. Sous l’impulsion des maires Georges Garnier et son adjoint délégué aux sports, Gabriel Paillereau, qui deviendra maire de 1971 à 1977, puis, par la suite, Yvon Luby, de 1977 à 2008, nombres d’équipements sont inaugurés, jusqu’à faire d’Allonnes aujourd’hui l’une des villes les mieux dotées. Et André Legendre d’énumérer plusieurs des réalisations faites pendant les mandats des maires successifs, et sous sa présidence : « le stade Claude Voisin, la piscine, le gymnase de la piscine (Jean Launay, aujourd’hui), la plaine des sports (entre les deux collèges), le boulodrome, le local de la Jsa, les cours de tennis… et le stade municipal (aujourd’hui, Georges Garnier) », une des plus grandes fiertés d’André Legendre.

L’inauguration du stade

Nous sommes le 15 mai 1969, il fait un soleil de fête, le terrain est pavoisé aux couleurs nationales et la piste en cendrée venait d’être fraîchement tracée. André Legendre narre l’évènement : « ce fut devant une foule massée dans la grande tribune et plusieurs centaines d’athlètes de la Jsa regroupés sur le terrain, ainsi que les majorettes et les Cadets de la Sarthe, que le ruban symbolique fut coupé par M. Castagnac, inspecteur départemental à la jeunesse et aux sports, entouré du député Paille, du maire Georges Garnier et de moi-même ». Allonnes possède désormais son premier équipement moderne, dévolu au football et l’athlétisme.

Les années passent, la Jsa continue de se développer, pour atteindre dès le début des années 70, le millier d’adhérents. 1972 voit l’ouverture de la piscine et la création d’une section natation, puis une section « sports jeunes ». Cette année là aussi est marquée par le 10è anniversaire de l’association. Un grand moment là aussi, auquel participe Joël Le Theule, le député de la circonscription et ancien ministre.

Le handball, c’est plus qu’une passion

Deux ans plus tard, en mai 1974, André Legendre quitte la présidence du comité départemental de handball. A cet instant, il en est déjà à trente et une années de fidélité au handball ! Mais, c’est à l’âge de cinquante ans qu’il « raccroche » en tant qu’handballeur, tout en restant licencié. En 1992, est célébrée par son club et Yvon Luby, sa 50è licence.

Le handball, c’est plus qu’une passion pour André Legendre, c’est un véritable sacerdoce. « Il m’est souvent arrivé de sauter d’une tenue à l’autre », rappelle-t-il. « J’avais d’ailleurs plusieurs sacs de sport », ajoute-il. En fait, il a commencé le sport à 13 ans, en 1936, par la pratique du cross, à l’Union des jeunesses laïques et républicaines sarthoises (Ujlrs), émanation de l’actuelle Union nationale du sport scolaire (Unss). Plus tard, il court sous les couleurs du Stade olympique du Maine. En 1944, rentré d’Allemagne, après avoir été déporté du travail, il crée le handball en Sarthe et en Anjou. Il devient à la fois un des piliers du Sc Moderne de 1948 à 1958, et de la section handball du Co Ponthlieu (Cop). C’est l’époque héroïque du handball, qu’on pratique à onze sur des terrains de football. « L’équipe évoluait alors en Régional. Je l’ai laissée aux portes de la Nationale en 1962 », ajoute-t-il. Il devient arbitre régional, puis national.

L’esprit de solidarité

Les conditions de jeu épiques, à faire fuir probablement les sportifs d’aujourd’hui, il les retrouve aussi en arrivant à Allonnes ici en 1963. « Mais ça avait son charme », se plait-il à dire, et d’ajouter « vous ne pouvez imaginer l’esprit de solidarité qui nous animait. On jouait pour notre plaisir et la camaraderie était extraordinaire. »

Un message qu’André Legendre s’est fait un devoir de transmettre à la tête de la Jsa et en 1985 à ses successeurs Claude Costa, puis, Jean-Claude Guillois depuis 2003.

Les dernières années du mandat d’André Legendre, qui a été aussi parallèlement conseiller municipal de 1983 à 1995, sont marquées par des victoires sportives éclatantes, dont notamment celles de Philippe Dupont, demi finaliste aux Jeux olympiques de Moscou et Los Angeles.

Aujourd’hui en chaise roulante, le président d’honneur de la Jsa ne peut plus se déplacer au bord des terrains comme avant. Il jette toujours un œil très attentif à l’activité de son club, qui le lui rend bien d’ailleurs.

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