Jean Le Couteur, le visionnaire

Jean le CouteurNous devons la ville nouvelle d’Allonnes à Jean Le Couteur, urbaniste et architecte. L’œuvre de ce visionneur, pour son époque, est considérable. Elle s’inscrit avec force dans le contexte architectural de l’après-guerre en France, marqué par des recherches structurelles et formelles nouvelles.

Jean Le Couteur naquit à Brest en 1916. Dés 1946, il monta sa propre agence et construisit en Tunisie sa première œuvre de référence, l’église de Bizerte. En 1947-1948, il élabora les plans d’urbanisme des villes nouvelles de Bamako (Mali) et de Niamey (Niger).

Par la suite, il entra au ministère de la reconstruction et de l’urbanisme. Sa position au ministère lui permit d’entrer en contact avec des hauts commis de l’État et les offices publics d’HLM, lui assurant ainsi une place confortable dans le milieu des commanditaires.

Le visage d’Allonnes

Ce fut à cette époque que l’un des aspects de son œuvre, prit corps : la construction des grands ensembles et autres ZUP, qui font le visage d’Allonnes et des banlieues actuelles.

Tout en adhérant à ce système de construction préfabriquée, à bas coûts, destiné au plus grand nombre et considéré, par la profession, comme « générateur de médiocrité architecturale », il tenta toutefois, par l’architecture et l’intégration de celle-ci dans son environnement, de définir des modes d’expression personnels intéressants, tels que la recherche d’une diversification des logements.

En 1958, en lien avec l’Office départemental d’HLM (futur Sarthe Habitat), il dessina le projet de la ville nouvelle d’Allonnes. Son projet comprenait 3 000 logements collectifs et individuels, repartis sur plusieurs hectares entre la Sarthe et le vieux bourg. La population de la commune devait passer en quatre ans de 1 246 habitants à 15 000.

Tout avait été prévu et minutieusement étudié pour que la future cité jouisse d’une autonomie complète. C’est ainsi qu’on devait y trouver non seulement un centre administratif, quatre écoles dotées du dernier confort, mais encore une église, elle aussi moderne, un centre commercial, une salle des fêtes, un cinéma, une maison de jeunes, un centre de secours contre l’incendie et une brigade de gendarmerie. Ce chantier devait être achevé en 1963. Mais, par manque d’argent, la réalité fut quelques peu différentes (Allonnes Infos n°176).

Des édifices monumentaux

Cette production d’importants ensembles d’habitations fut surtout pour l’architecte une garantie financière qui lui permettait de se consacrer à des édifices plus monumentaux et plus adaptés à des recherches structurelles et formelles personnelles.

Il pu ainsi parallèlement réaliser la basilique d’Alger, le mausolée de Karachi (Pakistan), le projet du stade de 100 000 places de Vincennes, finalement non réalisé,  le pavillon français de l’exposition universelle d’Osaka (Japon), l’université de Tananarive (Madagascar) et d’Amiens, la maison de la Culture de Reims, la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine), l’agora d’Evry, la station balnéaire du Cap d’Agde.

La carrière de Jean Le Couteur éclaire sur les conditions d’expression des architectes au cours des Trente glorieuses, conditions caractérisées par la recherche d’un équilibre entre la liberté artistique et les contraintes liées à la réalité politique, sociale et technique d’un monde en profonde mutation. Il sut habilement préserver la première et répondre aux secondes, ce qui fit de lui un architecte comblé.

Quelques mois après le 50ème anniversaire du début des travaux de la ZUP d’Allonnes, Jean Le Couteur décédait, à l’âge de 93 ans.

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