Monique Fouillet, la « Cadette » et l’institutrice des Hautes Métairies

Monique FouilletClarinettiste de l’orchestre « les Cadets de la Sarthe » depuis sa création en 1960, institutrice à la naissance du quartier des Hautes métairies et de son école en 1972, à elle seule, Monique Fouillet a été actrice de deux chapitres de l’histoire contemporaine d’Allonnes. Souvenirs d’une pionnière.

Adolescente, alors qu’elle n’habitait pas Allonnes, mais Arnage, puis le Mans, notre commune faisait déjà partie de sa vie. C’est en effet à 12 ans que le coup de foudre pour notre ville l’a frappé. Comme aimantée par Allonnes, elle parcourut une fois par semaine, pendant près de 10 ans,  les quelques kilomètres qui séparaient Arnage et Le Mans d’Allonnes.

Coup de foudre

Mais qu’est-ce qui pouvait bien attirer une jeune fille dans cette ville du début des années 60, où les vaches pâturaient là où se trouve aujourd’hui l’actuelle mairie, là où les immeubles et les lampadaires surgissaient en bord de Sarthe comme des champignons, là où il fallait chausser des bottes pour s’aventurer sur les chemins boueux qui faisaient office de rues ?

Une seule explication : la passion de la musique et de l’orchestre allonnais, les Cadets de la Sarthe (KD de la Sarthe, aujourd’hui).

Monique est une des pionnières de la formation musicale. Aujourd’hui encore, elle lui est toujours fidèle, tout comme à la clarinette, son instrument fétiche. « Je suis aux Cadets depuis son origine », nous déclare t-elle non sans fierté, et de nous raconter la genèse de l’orchestre : « en 1960, dans cette ville en devenir, M. Cole Bernard, le fondateur et chef de l’orchestre, eut le désir de donner des cours de musique. La municipalité l’a soutenu dans son projet. C’est ainsi que sont nés les Cadets ». M. Vivet, qui vit toujours à Allonnes, en était le président.

Les Cadets étaient toujours de la partie 

Grâce à eux, comme à d’autres animateurs associatifs de l’époque, vivre à Allonnes prit du sens : le destin de la commune n’allait pas être voué à devenir « une ville dortoir », comme le prédisait certains « bien pensants ».

D’entrée, 25 musiciens en herbe intégrèrent l’orchestre. Dans les premiers mois, on s’en doute, le répertoire des jeunes musiciens était très limité. Il leur a fallu apprendre le solfège et étudier un instrument. Mais petit à petit, le groupe, qui rapidement passa à une quarantaine de musiciens, originaires d’Allonnes et des villages alentours, allait très vite être en capacité d’assurer de brillantes prestations.

Dès 1961, les Cadets défilèrent pour la première fois à Allonnes. « Quel succès ! », se souvient Monique. Les concerts s’enchainèrent ensuite. « A cette époque, il y avait des carnavals dans la plupart des communes, on jouait aussi à quasiment toutes les kermesses… les Cadets étaient toujours de la partie ».

Des jeunes musiciens âgés de 8 à 16 ans

Vêtus d’une ravissante tenue bleue et blanche, ainsi que d’un béret blanc, les jeunes musiciens âgés de 8 à 16 ans à l’origine, qui ne manquaient pas très souvent d’accompagner la compagnie de majorettes d’Allonnes, elles-aussi en uniforme bleu et blanc, multipliaient aussi les déplacements hors de l’agglomération mancelle. « On jouait parfois en Bretagne, à Tours, Grandville, Alençon… », se remémore Monique. Leur réputation leur valut même d’enregistrer un disque !

En 1967, une profonde amitié se noue avec la ville allemande de Delmenhorst et son orchestre, le Delmenhorster Turnderbund (DTB). C’est l’époque de la réconciliation franco-allemande, qui se caractérise alors par la multiplication des jumelages. « Pour le premier échange, nous sommes partis en train. Toute une épopée ! Pour nous, à l’époque, aller en Allemagne, c’était partir à l’autre bout du monde ». Quelques mois plus tard, les Allemands sont venus à Allonnes. Depuis, les deux orchestres se retrouvent au moins une fois par an. Tantôt à Delmenhorst, tantôt à Allonnes. « Il est arrivé des fois où nos amis allemands étaient 120 à nous rendre visite, et chacun d’entre eux était logé dans les familles des Cadets ». Les liens sont tels, que Monique considère les membres du DTB comme faisant partie de sa famille. « Plusieurs Cadets se sont même mariés avec des Allemand(e)s », précise-t-elle, avec un sourire emprunt d’une certaine malice.

Une grande famille

Cinq décennies plus tard, les Cadets se portent toujours aussi bien, même s’il y a bien longtemps que les enfants de la formation d’origine sont devenus adultes. La relève est permanente dans l’orchestre. Ces 52 dernières années, des centaines de musiciens sont passés dans ses rangs. Aujourd’hui, certains d’entre eux sont les enfants de ceux-ci.

Mais les Cadets (désormais KD) ne sont pas une histoire de filiation, c’est plutôt celle de la grande famille allonnaise. Leur renommée est telle que beaucoup, ici et ailleurs, pensent qu’on aurait du mal à imaginer Allonnes sans eux. « S’il n’y avait pas eu les Cadets, j’aurais sûrement fait autre chose », temporise néanmoins Monique et d’ajouter « je fais à Allonnes tout un tas d’autres activités, il y a tant de choses qui sont proposées ici ».

Monique Fouillet et Allonnes, ce n’est pas qu’une histoire de musique. C’est aussi un pan d’histoire de sa vie professionnelle.

La naissance des Hautes Métairies

C’est à l’âge de 24 ans, qu’elle vint travailler à Allonnes, avant d’y emménager définitivement trois ans plus tard. Après quatre années passées en tant qu’institutrice remplaçante dans une multitude d’écoles de la Sarthe, Monique posa ici ses bagages. Nous sommes en 1972, le « boum » d’Allonnes, entamé dix ans plus tôt, se poursuit.

Après l’émergence de dizaines d’immeubles à Chaoué et aux Perrières, c’est la création du quartier pavillonnaire des Hautes Métairies, entamé un an à peine auparavant, qui s’achève. C’est l’époque du plan gouvernemental « Chalendon » d’accession bon marché à la propriété. En un an et demi, 2 000 personnes s’installent dans ce nouveau quartier, coupé alors du reste de la ville par des champs. « Au début, les Allonnais du centre ville, ne savaient même pas où se situait ce quartier, tellement il était excentré », se souvient Monique. La plupart des familles venaient d’Allonnes, après quelques années passées en HLM.

« Regarde maitresse, c’est comme des légos »

En septembre 1972, l’école flambant neuve du quartier ouvre ses portes pour la première fois. Elle ne portait pas encore de nom (Paul Langevin, aujourd’hui). « Le quartier était en plein travaux, les pavillons n’étaient pas tous encore achevés. Ils étaient construits en kit, on voyait des camions décharger les murs en béton usinés », raconte Monique. Les enfants lui disaient « regarde maitresse, c’est comme des légos », tellement tous les éléments s’emboitaient facilement et si rapidement.

Au cours de cette année scolaire 72/73, les familles emménageaient petit à petit : « tous les mois il y avait de nouveaux enfants qui s’inscrivaient à l’école ». Les arrivées étaient tellement massives qu’ « en cours d’année, de nouvelles classes ont du ouvrir ». Cette rentrée « était particulièrement épique, les classes débordaient de partout, avec dans certaines des effectifs de 35 à 40 élèves », confie l’institutrice, aujourd’hui retraitée, et de se souvenir aussi que «  de nombreuses classes étaient en préfabriqué, installées là où se trouve désormais le Hameau de Corse ».

Les classes débordaient de partout

En tout, 21 classes d’élémentaires et 9 de maternelles composaient cette école (111 classes et 3 300 élèves pour l’ensemble de la ville, contre XX classes et 1 140 élèves aujourd’hui). Parents et enseignants ont alors mené de nombreuses luttes pour obtenir des ouvertures de classes en nombre suffisant.

Monique restera 11 ans dans cette école. En 1983, elle intégra l’école Jules Ferry. Puis, elle poursuivit sa carrière au Mans, faute de pouvoir continuer à enseigner ici. En effet, Allonnes, l’une des villes à la population la plus jeune de France dans les années 70, se mit, de fait, dès le début des années 80, à rapidement vieillir et, par voie de conséquence, nombre de ses classes fermèrent quelques années seulement après avoir été ouvertes.

Des enfants à qui elle apportait le savoir, elle en croise de temps à autre dans les rues d’Allonnes, « ils me reconnaissent, mais c’est plus difficile pour moi, ils étaient tellement petits à cette époque » s’amuse-t-elle à raconter.

A Allonnes, elle y emménagera définitivement en 1975, après avoir quitté le giron familial. D’abord, à la « tour carrée » de la rue Saint Exupéry, puis rue Pierre Levegh.

De son adolescence et de sa vie d’adultes à Allonnes, elle ne retient que des images positives : celles de la camaraderie des Cadets et la vivacité de centaines d’enfants qu’elle a côtoyés. Son seul regret, peut-être, réside dans le fait que « certaines personnes extérieures à la commune ont une image négative d’Allonnes » et de préciser : « je n’en ai jamais compris les raisons ».

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